Entretien au sujet de Shakespeare au Lycée : exemple de mise en scène d'un projet artistique mené en milieu scolaire

1993

Abstract / Résumé / Resumen

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Le spectacle "Shakespeare au Lycée", conçu par les comédiens d'"Une ville se raconte" et du Théâtre du Campagnol est présenté dans différents établissements scolaires. Il sert de point de départ à une réflexion vivante sur le théâtre amateur.

F.A. : Que représente Shakespeare pour les lycéens actuels ? Comment intégrer Shakespeare à l'école ?

Jean-Claude Penchenat : Pour les acteurs, jouer Shakespeare, c'était trouver leur unité, se retrouver, Shakespeare écrit des rôles pour de tout jeunes adolescents (pensez à l'âge de Roméo et de Juliette); il y a chez lui un passage constant de la réalité à la fiction, de la vérité au mensonge, sur le mode de la séduction.

La première scène est le double de la scène entre Benvolio et Mercutio. C'est une scène sur la virilité : la menace et la peur de la perdre, sur la mort et l'agressivité ; comme si à quinze ans, le choix était seulement entre le combat au couteau et le sexe ; "que fait le pauvre amour dans tout ça ?" C'est ce qui a été découvert en travaillant la pièce.

F.A.: En fait, dans votre spectacle, la pièce Roméo et Juliette n'est jamais jouée ?

J.C. Penchenat : Non, mais il fallait raconter comment on la montait. Et il y a quand même des morceaux de la pièce, traduits par moi et d'autres : par les élèves plus particulièrement.

F.A. : Y a t-il eu conflit entre les élèves et les professeurs sur la traduction et l'écriture définitive de la pièce ?

J.C. Penchenat : Il n'y a pas eu d'activité collective de traduction ; mais le travail en commun a porté sur l'invention des personnages : une invention qui cherchait à éviter le psychodrame. J'avais d'abord demandé à chacun de retrouver dans ses souvenirs d'école des éléments permettant de créer un personnage. Aux séances suivantes d'improvisation, sur des thèmes que j'avais imposés, les comédiens marchaient, parlaient, réagissaient en fonction de la personnalité qu'ils s'étaient donnée. A chaque séance, les comédiens lisaient Roméo et Juliette et travaillaient le texte. Petit à petit, la succession des scènes de Shakespeare au lycée m'est apparue. Les comédiens travaillaient leurs improvisations, cherchaient jusqu'à ce que les répliques, les déplacements, le ton soient adaptés aux situations et acceptés par le groupe. Le comédien pouvait aussi contester la situation comme non conforme au caractère de son personnage tel qu'il le ressentait ; les comédiens en discutaient. Quand la scène sonnait juste pour tout le groupe, on la fixait (par mémorisation, on n'écrivait rien). Le travail sur la personnalité des personnages revient donc à chaque comédien, mais c'est le metteur "en scène" qui, par ses conseils et ses directives, transforme ces scènes fragmentaires en une pièce cohérente.

F..A. : Avez-vous fait comme J.C. Gal qui, dans la Cuisine, a maintenu un vocabulaire parfois grossier sans pourtant rechercher un langage plus contemporain du genre "verlan" ou "branché" ?

J.C. Penchenat : Dans la scène des deux soldats, les mots d'aujourd'hui rendent assez bien ce que pourrait être le langage de deux soldats revu par deux lycéens d'aujourd'hui. c'est une comédienne, ancienne lycéenne, qui a écrit la scène après un travail en groupe. Ce que nous avons cherché, c'est à faire ressortir toutes les allusions cachées de Shakespeare gommées par le XIXème siècle, qui fait la chasse au trivial, au "vulgaire".

Text / Texte / Texto

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Dans ce document, le théâtre apparaît comme fait social et l'école comme l'objet social.

Il ne s'agit pas d'enfermer les élèves dans leur univers mais de leur donner des armes, de multiples langages comme l' écriture, l'expression corporelle, l'occupation de l'espace, pour qu'ils puissent rencontrer des cultures différentes et en particulier la culture "dominante" des "grands textes". Dans la mesure où il y a conjointement théâtralisation de la vie quotidienne, les deux mouvements s'enrichissent l'un l'autre.

Rencontrer des cultures différentes, c'est aussi bien rencontrer des cultures dominantes que des cultures dominées et des cultures voisines. On remarque que la volonté résolue d'apporter une dimension proprement artistique, d'éviter le psychodrame, est sensible dans cet entretien. Sans pour autant que le théâtre échappe à l'expression de soi : se dire à travers le théâtre, trouver son vécu dans sa sensibilité, être capable de se soutenir d'une parole directe, ou emprunter.

Authors / Auteurs / Autores

BOISSIEREHélènePax Christi France58 avenue de Breteuil, 75007 PARIS. FRANCE. Tel 44 49 06 36. Fax 44 49 02 15 
    Réf_documentaires: PAX CHRISTI in. LE FRANCAIS D'AUJOURD'HUI, 00/09/1984, 64
    Notes: Propos recueillis par Françoise PATINO, février 1984.