Mali : conflits de cours urbaines de femmes face au droit foncier

1993

Abstract / Résumé / Resumen

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Les cours urbaines, unités de résidence familiale, sont fréquemment l'objet de conflits. L'article rapporte comment ils sont abordés et traités dans trois villes au sud du Mali lorsque des femmes en sont les protagonistes. Traditionnellement, elles n'avaient aucun moyen de faire valoir quelque droit que ce soit. Le "bon droit" urbain moderne leur ouvre des marges de manoeuvre qu'elles utilisent comme point d'appui dans les négociations familiales traditionnelles.

L'article suit plusieurs histoires et montre comment les allers et retours entre médiations familiales et instances publiques sont multiples. Ainsi sont exposées en justice des considérations sociologiques extérieures au conflit (par exemple des tensions entre castes), mais utilisées comme argumentation devant des représentants d'institutions modernes : réciproquement, des arguments juridiques modernes sont utilisés au sein des conseils de famille. Parfois même, les autorités municipales renvoient les plaignants aux parents plus âgés pour qu'une décision soit prise. Les droits d'appropriation se fondent davantage sur des positions statutaires (aînesse, rang de co-épouses, antécédents sociaux des lignages)que sur la manipulation rigoureuse des titres administratifs individualisés. Conflits familiaux et "affaires de terrains" sont imbriqués. Il y a là un véritable métissage juridique , y compris dans des quartiers récemment lotis et organisés sous un régime foncier strictement moderne.

De nombreux litiges rappellent que les femmes ont des droits ou une reconnaisssance d'usages fonciers. Mais globalement, les femmes sont exclues de la gestion foncière ou maintenues sous tutelle masculine des pères, frères ou époux. Au-delà de ces limites cependant, on peut noter qu'au cours des années 1980, les prétentions féminines à intervenir dans les patrimoines fonciers et à être partie prenante dans l'achat, la valorisation et l'usufruit des cours urbaines ont augmenté. Les tensions foncières encouragent l'émergence des intérêts privés au détriment des systèmes de propriété indivise antérieure. La perspective d'une perception de revenus de location en est fréquemment la cause. Des femmes y contribuent pour leur part en faisant valoir des droits nouveaux qui auparavant ne leur étaient pas reconnus.

Text / Texte / Texto

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Article accompagné de nombreuses citations tirées des registres municipaux des villes étudiées. Très vivant, il aborde des thèmes exceptionnellement traités au regard de la situation qui prévaut en Afrique noire. Il propose une approche originale à double entrée : femmes et appropriation foncière en ville, métissage du droit sur le foncier urbain.

Authors / Auteurs / Autores

    Réf_documentaires: BERTRAND, Monique, CIEDEL in. HISTOIRES DE DEVELOPPEMENT, 1992/12 (France), N°20
    Origine_information: PERIODIQUE
  CIEDEL : Centre International d'Etudes pour le Développement Local  
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