GEYSER entre croissance et croît sens

1995

Abstract / Résumé / Resumen

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Inévitable croissance. Au niveau macro, il en faudrait soit-disant encore (celle du PIB)pour créer de la richesse, des emplois. Au niveau des entreprises, idem : point de salut sans croissance... et pourquoi pas aux dépens des autres. Et chez GEYSER ?

Croître, oui bien sûr, mais plutôt faire croître les projets individuels, et au passage le projet collectif. Alors serait-ce du quantitatif (nombre d'emplois, chiffre d'affaires, etc...), serait-ce du qualitatif (reconnaissance professionnelle, perfectionnement technique, etc...)? Qui sait ? Appelons plutôt cela croit-sens, et aux doubles sens de croître et de sens !

L'ENTREPRISE : CROUTER PAS BETE...

L'entreprise, c'est d'abord la nécessité de rassembler un chiffre d'affaires à la hauteur des besoins individuels et collectifs.

Il fut un temps, à GEYSER, où l'on "bossait" à l'extérieur pour démarrer l'activité. C'est-à-dire celle à laquelle on a toujours rêvé... sans toujours savoir à quoi l'on pensait. En fait, faire ce que l'on a l'intuition de vouloir, de pouvoir, de le faire géographiquement où on le désire, de le faire en maîtrisant ses rythmes... Avec, la ferme conviction que de réaliser dans la satisfaction est toujours utile !

Peu à peu, les intuitions se révèlent, les projets fusent et les actions s'enchaînent. Mais au départ, les petits (ou moins petits)contrats "alimentaires" ont permis de faire les soudures nécessaires.

Pour ainsi dire, le marché extérieur du travail a permis de débloquer la démarche intérieure du projet.

... MAIS POUR QUELLE UTILITE SOCIALE ?

Geyser est présent à la confluence des réseaux d'information, de carrefours, d'initiatives, ... Il réalise des actions de formation, de systématisation d'expériences et de diffusion d'information. Il est au coeur de la constitution des réseaux (GAL, ITAB, REMERGE, AGROPHORIA, ...)ou de la consolidation d'acteurs (PASOS, CIEPAD, ...). De cette manière, il s'agit de mettre au service de "praticiens" des agricultures et du développement durables, une position de recul, d'interface, de passerelle, entre des actions ou des acteurs, souvent compartimentés géographiquement ou professionnellement. Bref, tout cela est devenu, à Geyser, l'expression d'une utilité sociale. Si l'on souhaite maîtriser son activité, suivre ses projets, c'est pour une certaine qualité du quotidien peut-être, mais c'est aussi et surtout pour un réel impact, une réelle utilité sociale de nos actions. Comment les mesurer ? Qui les mesure ? Si l'on reste dans le marché du travail, c'est simple : il y a du travail et des contrats à remplir, par conséquent une demande à satisfaire, c'est donc utile ! Dans le type d'activité de Geyser, c'est plus difficile à mesurer ; on crée autant la demande qu'il n'en existe réellement, on n'en perçoit l'utilité que par le lien social créé (les partenariats techniques tissés, les nouveaux liens économiques engendrés, les nouvelles légitimités conquises, etc...)... ou par la reconnaissance d'un financeur. Repères ténus, trop ténus parfois, qui nous font rechercher des formes originales de contractualisation et/ou de risques dans les partenariats, qui nous font s'interroger souvent sur notre légitimité pour occuper (ou "conquérir")des espaces réservés aux "institutionnels" (cf. les chambres d'agriculture, ou les ONG, ou...).

...GRACE AUX EQUILIBRES INTERNES

Si Geyser n'est donc pas une entreprise installée sur un "créneau" spécifique, Geyser n'est pas non plus une simple boîte aux lettres ou un pot commun pour plusieurs associés. C'est une structuration interne avec des outils, des pratiques de communication interne, des mécanismes de solidarité. Mais c'est d'abord comme un moyen commun pour catalyser des projets individuels au dedans et au dehors. Ce sont aussi des opportunités ou une étape pour l'insertion locale de chacun dans son terroir favori, pour une cohérence dans les pluriactivités de certains qui sont agriculteurs, une base arrière pour d'autres dans des militances ou des engagements individuels.

De façon à ce que croisse le sens du collectif et de chacun dans celui-ci, des équilibres se cherchent et se nourissent à mesure.

EQUILIBRE HORIZONTAL : L'EFFET PASSERELLES. Il s'agit d'abord de veiller aux synergies entre nos différentes dynamiques professionnelles : bureau d'expert-conseil, militance institutionnelle, observatoire agro-socio-économique, développement local, etc... Devenir strictement l'un ou l'autre, se spécialiser sur un métier ou un marché, c'est perdre la capacité de recul, de distance avec ce que l'on fait. A Geyser, on est des "inclassables" : ni organisation de base, ni structure de recherche, ni bureau d'études ; parfois consultants (du troisième type)ou lobbyistes, par hasard. Dispersés ? Non, notre position est plutôt celle d'interface, de passerelles.

EQUILIBRE VERTICAL : L'ALTERNANCE ACTION/REFLEXION : voilà longtemps que l'on parle de l'importance du dialogue vertical à l'intérieur des filières. A Geyser ce souci intuitif au départ a mobilisé les dynamiques ; c'est le souci de ne pas s'installer définitivement sur un maillon d'une production, fusse t'elle intellectuelle. Si l'on théorise sur l'agriculture, le paysage ou l'environnement, on en a quelque part une pratique. Si l'on est parfois actif dans le développement local, on est aussi souvent réflexif sur les modes d'appui à l'innovation. Cette alternance, ces dialogues et confrontations internes sont souvent ce qui font notre cohérence.

CROISSANCE CROIT SENS

Rompre ces équilibres, ce serait inévitablement le choix de la croissance. En valorisant nos compétences expertes efficacement, nous explorerions mieux les "créneaux", nous occuperions mieux notre "segment" de marché du travail, et nous créerions des emplois... Jusqu'à la récession ou la faillite... Ou encore la croissance, si nous savons diversifier à temps. Non, au contraire, le souci de ces équilibres en commande d'autres : celui à priori, d'une diversité, d'une liberté, de degrés variables des engagements dans le groupe. On est à Geyser non pas parce que l'on y est simplement salarié, on y est en participant activement à une culture commune et à son débat, sur le contenu et sur la forme. D'où le bénéfice ou la nécessité des temps individuels partagés à l'intérieur de Geyser ; c'est le souci de non spécialisation des taches qui permet les travails d'équipe, donc les dialogues, l'entraide, l'interchangeabilité. D'où le bénéfice ou la nécessité parfois de partager le travail (et les ressources)au-delà du simple cercle de salariés formels et donc de dialoguer dans le travail avec d'autres dynamismes, d'autres corporations.

D'où le bénéfice ou la nécessité enfin, pour parvenir à ces ouvertures de ne pas relier trop directement le travail au salariat, d'inventer des mécanismes supplémentaires de conscience individuelle de la rémunération, de renforcer les mécanismes de solidarité entre situations ou engagements différents, ..., d'entretenir un débat continu et ouvert autour de la croissance, du croît-sens. C'est à ce prix que l'on troquera la croissance contre le croît-sens !

Authors / Auteurs / Autores

    Origine_information: PRESENTATION D'ORGANISME
BEAUChristopheGEYSER : Groupe d'Etudes et de Services pour l'Economie des Ressources30260 CORCONNE. FRANCE. Tel (16)66 77 13 11. Fax (16)66 77 12 06. E-mail phigeyser@gn.apc.org 
    Réf_documentaires: BEAU, Christophe, GEYSER
    Notes: GEYSER est un groupe de travail à l'interface des questions d'agriculture, d'environnement et de développement. GEYSER anime des réseaux, systématise et diffuse des informations utiles pour l'action, fournit des appuis techniques ou méthodologiques. Pour plus d'information, voir fiche 21